Musée des Arts décoratifs cinq ans déjà
Quels ont été les principaux changements ? La réouverture du musée des Arts décoratifs, le 15 septembre 2006, fut en réalité bien plus qu’une réouverture d’espaces après travaux. La visibilité nouvelle de nos collections permanentes d’art décoratif a été le fer de lance de l’ensemble de l’institution, et toutes ses composantes en ont bénéficié. Au-delà de la rénovation d’un lieu, c’est un nouvel élan qui a été donné, une véritable renaissance, à laquelle le public a été très sensible. Nous avons affirmé une identité nouvelle, celle des Arts Décoratifs, un lieu où l’on peut découvrir à la fois une histoire de l’art décoratif, une actualité du
design, des expositions de graphisme, des expositions de mode, rétrospectives ou contemporaines. Près de 500 000 visiteurs sont venus en 2010, contre 327 000 en moyenne avant 2006. La perception nouvelle qu’a le public de notre institution et la reconnaissance qui l’accompagne sont sans doute les éléments les plus marquants depuis 2006. Plus largement, nous avons désormais une place incontournable sur la scène culturelle nationale et internationale. |
Un certain nombre de moyens ont été mis en œuvre pour cela. Nous sommes en effet une institution privée, née grâce à la volonté de collectionneurs mais aussi de professionnels – antiquaires, industriels, artistes… Nous avons voulu redonner une pertinence à cette réalité, et dans cet esprit nous avons multiplié les partenariats avec les très nombreuses professions qui sont en rapport avec nos collections. Des galeries, des agences de publicité, de nombreuses maisons de mode ont soutenu nos projets d’expositions ou d’enrichissement des collections. La visibilité nouvelle de l’institution a également encouragé la générosité de collectionneurs privés. Les artistes – designers, créateurs de mode, graphistes… – ont naturellement repris le chemin des Arts Décoratifs : plusieurs expositions ou cartes blanches leur ont été consacrées, suscitant l’entrée dans nos collections de pièces contemporaines, tout à fait dans la continuité de l’histoire de l’institution qui, dès son origine, a placé la création au cœur de ses priorités. Nous avons aussi développé de multiples collaborations avec divers musées dans le monde entier, suscitant des échanges et des expositions qui ont renforcé notre rayonnement et notre reconnaissance internationale. Cette impulsion nouvelle donnée aux Arts Décoratifs s’est faite en respectant ce qui nous caractérise : nous demeurons une maison à la fois petite et grande. Notre échelle n’a pas changé. Avec la réouverture du musée des Arts décoratifs, nos équipes ont été fortement sollicitées, alors qu’en cinq ans nous avons organisé 61 expositions, reçu 2 248 550 personnes, publié presque une quarantaine
de livres. Tout ce travail s’est fait à effectif quasi constant, ce qui témoigne de la part du personnel un investissement et un attachement au projet de l’institution qu’il faut saluer. Ce qui demeure également inchangé, c’est notre spécificité statutaire. Les Arts Décoratifs sont d’une grande singularité dans le paysage national français, puisque nous sommes une association – présidée par Hélène David-Weill – avec un conseil d’administration à dominante privée. Nous avons un contrat avec l’État, dont l’apport est bien évidemment indispensable, puisqu’il nous permet d’assumer l’essentiel de la masse salariale et environ 60 % du fonctionnement courant. |
Cependant, il nous revient d’assurer sur nos fonds propres ou sur des fonds privés la totalité des projets culturels, à savoir l’enrichissement des collections, leur restauration et leur conservation préventive, les expositions, les publications et tout le travail que l’on peut développer autour des nombreux domaines dont nous avons la charge. Cette singularité, publique/privée, fait des Arts Décoratifs le prototype d’un modèle culturel qui fait ses preuves.
Comment une institution comme la nôtre a traversé la crise économique ?
Pour autant, c’est avec inquiétude que nous avons constaté, en 2008, l’ampleur de la crise financière internationale. La réouverture du musée des Arts décoratifs était très récente, et si les premiers pas que nous avions accomplis étaient encourageants, ils demandaient à être confirmés et amplifiés. Il a fallu s’adapter, redoubler d’énergie pour tenir nos engagements. Dans certains cas, nous avons dû aménager la programmation de nos expositions : en repousser certaines, en annuler une. Mais grâce aux personnalités engagées dans les différents cercles qui soutiennent l’institution en France et à l’étranger – en particulier notre Société des amis américaine et notre Comité international –, nous avons pu résister.
Quelles ambitions pour Les Arts Décoratifs ?
Nous avons désormais l’ambition de poursuivre la ligne que nous avons tracée, c’est-à-dire conforter notre positionnement patrimonial, d’une part, et profondément contemporain, d’autre part ; favoriser la transversalité entre nos différentes composantes, de manière à ce que le public puisse trouver aux Arts Décoratifs une palette de propositions unique et pour autant très diversifiée. Nous avons également engagé un travail important dans le champ de la recherche. Nos domaines suscitent depuis quelque temps l’intérêt des universitaires et nous avons décidé d’être plus volontaristes dans la manière d’ouvrir le musée aux chercheurs, de leur apporter des ressources, des sujets, des réflexions. L’ensemble des sciences humaines est concerné. Dans ce cadre, une journée de l’étudiant a été organisée début octobre et sera reconduite à chaque rentrée universitaire. Une liste de sujets d’étude en lien avec les collections du musée a été dressée par les conservateurs du musée et proposée aux étudiants chercheurs lors d’une rencontre. Près d’une dizaine d’entre eux ont déjà été retenus, ce qui tend à confirmer l’intérêt de nos domaines. Les Arts Décoratifs font également partie du Labex «Création, art et patrimoine» qui met en réseau différentes institutions afin de réfléchir à la création en tant que moteur des mutations culturelles et sociales. Nous avons également eu l’initiative d’un grand colloque sur la question de l’ornement, organisé le 7 et 8 novembre 2011 avec l’Institut national d’histoire de l’art. Toutes ces actions visent à réduire le fossé qui existe entre ce qui est perçu comme art majeur et art mineur.
Un week end de fête les 11, 12 et 13 novembre
Pour ce cinquième anniversaire nous souhaitons inviter le public, qui nous est fidèle et celui qui nous découvrirait encore, à venir partager pendant trois jours l’étendue de nos ressources. À cette occasion une entrée gratuite sera offerte pour toute entrée payante. Les collections permanentes seront l’objet d’animations particulières à travers des visites guidées, théâtralisées, numériques, ateliers… Les visiteurs pourront avoir accès à l’ensemble de nos expositions : «Animal», «Hussein Chalayan, récits de mode», «Maarten Baas, les curiosités d’un designer», «Stefan Sagmeister, another exhibit about promotion and sales material», ainsi que la rétrospective consacrée à Jean Paul Goude. Autant de passerelles, qui de la mode, au design, en passant par le graphisme, témoignent de notre engagement à faire connaître la création dans le domaine des Arts Décoratifs. |
Appel à mécénat
Soucieux d’enrichir ses collections, Les Arts Décoratifs recherchent des mécènes pour contribuer à l’acquisition d’une exceptionnelle collection de 3 700 boutons datés du XVIIIe au XXe siècle pour la plupart. L’État a octroyé à cet ensemble unique, d’une valeur de 435 000 euros le statut d’œuvre d’intérêt patrimonial majeur. Les entreprises qui aideraient Les Arts Décoratifs à en faire l’acquisition bénéficieraient d’avantages fiscaux exceptionnels, grâce à une déduction fiscale de 90 % du montant des sommes données. Cette collection offre une vision complète de l’évolution de l’industrie du bouton et rassemble des pièces choisies une à une pour la qualité de leur exécution et de leur provenance. Anonymes ou boutons d’auteur (tels que Fragonard, Alberto Giacometti, Maurice de Vlaminck, ou encore Elsa Schiaparelli, Paul Poiret), leur décor permet de retracer l’histoire et l’évolution des styles propres à chaque époque. |